Histoire des cités-jardins d’Ile-de-France

En région parisienne, les cités-jardins sont conçues à la fois comme un élément de réorganisation et de planification de la banlieue et comme un élément d’intervention publique en matière de logement social.

Quelques expériences pionnières ont lieu au début du XXème siècle (Paris-Jardins à Draveil). Mais c’est le « concours des Cités-Jardins » organisé en 1911 par le comité de patronage des Habitations à bon marché (HBM) de la Seine qui impulse une véritable dynamique. La première exigence pour les logements est l’hygiène et la salubrité. Le premier prix est attribué ex aequo à la Campagne à Paris et la cité-jardin Blumenthal (Épinay-sur-Seine), réalisées respectivement entre 1912 et 1921 et entre 1912 et 1920.

 « Dans un département aussi peuplé que celui de la Seine, il est impossible de construire une ville nouvelle suivant les principes de Fourier, appliqués en Angleterre à la suite de la publication d’un livre d’E. Howard sur les Cités-Jardins. (…) En organisant un concours de Cités-Jardins, le Comité de patronage a voulu démontrer que l’on pouvait obtenir, sans grand frais, des HBM salubres, commodes et économiques. »

Emile Cacheux, rapporteur du Comité.

La crise du logement et la tuberculose (12 000 victimes par an dans la capitale) légitiment définitivement l’action publique en matière d’hygiénisme et font du logement social l’outil privilégié. Entre 1980 et 1914, l’évolution de la législation permet la mobilisation de financements et encourage la construction de logements sociaux.

Petite chronologie de l’histoire du logement social

1894 : la loi Siegfried permet le financement public d’initiatives privées en vue de la construction d’HBM.
1911 : 1er concours des cités-jardins
1912 : la loi Bonnevay autorise des collectivités locales à construire des HBM en créant des Offices publics (municipaux et départementaux) d’HBM.
1914 : création de l’Office public d’habitations à bon marché du département de la Seine, présidé par Henri Sellier
1919 : concours pour le plan d’aménagement et d’extension de Paris (remporté par Léon Jaussely) et loi Cornudet qui impose aux villes de plus de 20.000 habitants un plan d’aménagement et d’extension.
1920 : création de l’Office public d’habitations à bon marché du département de la Seine-et-Oise.
1928 : la loi Loucheur établit « un programme de construction d’HBM et de logements en vue de remédier à la crise de l’habitation ».

Si la guerre met un coup d’arrêt aux chantiers, ce temps est mis à profit par l’Office Public d’Habitations à Bone March (OPHBM) de la Seine, créé en 1915, et son administrateur-délégué Henri Sellier pour acheter des terrains dans toute la « Seine Banlieue ». En 1919, l’OPHBM de la Seine possède déjà plus de 200 hectares de terrains qui présentent des caractéristiques variables en superficie, dénivelé et localisation. Elles se trouvent toutefois toujours proches des bassins d’emplois ou des réseaux de transports.

La guerre finie, la pratique de l’urbanisme s’impose, notamment pour la reconstruction des régions sinistrées. Le concours pour le plan d’aménagement et d’extension de Paris de 1919 voit ainsi fleurir chez tous les lauréats de nombeuses cités-jardins. Vainqueur de la quatrième section du concours, consacrée aux projets partiels, le projet de « cité-jardin du Grand Paris » (non réalisé) proposé par Paul de Rutté, Joseph Bassompierre et Paul Sirvin, marque l’idéal urbanistique des quartiers d’habitation.

Tandis que l’Office de Paris obtient les terrains des « fortifs » démilitarisés, l’Office de la Seine ouvre des chantiers de cités-jardins à Dugny, Les Lilas, Drancy, Nanterre, Cachan, Arcueil, Bagnolet, Champigny-sur-Marne, Gennevilliers, Suresnes et Stains. Une génération d’architectes, tous révélés à l’occasion du concours de la Ville de Paris avant-guerre, vont inventer la cité-jardin à la française. Ils se défont progressivement de l’influence pittoresque anglaise au cours des années 1920, tout en innovant en termes de matériaux et de préfabrication. La faveur dont bénéficient les cités-jardins est amplifiée, notamment grâce à l’initiative privée qui au sein de société anonyme (SA) réalise des programmes modestes.

A Paris, la cité-jardins est exclue du fait de sa trop faible densité. Seuls quelques terrains peu constructibles s’y prêtent, tel celui de La Campagne à Paris (porte de Bagnolet), achevée après-guerre.

La crise économique de 1929 marque un tournant. Le collectif est dès lors privilégié et les programmes sont plus modestes. La Seconde guerre mondiale marque un coût d’arrêt et au milieu des années 1950, le terme et la forme urbaine de la cité-jardin tombent en désuétude.

henri sellier

Fils d’ouvrier, il fait des études de droit et de commerce à l’Ecole de Hauts Etudes commerciales (HEC). A 15 ans, il entre au parti socialiste –SFIO. Il adhère en 1908 à la section d’hygiène urbaine et rurale créée la même année au sein du Musée social. Conseiller général socialiste de la Seine à partir de 1910, il est un membre actif de la Commission d’aménagement et d’extension de Paris depuis sa création en 1911. Dès cette période, il s’impose par ses compétences et son intérêt pour les questions urbaines.
Fondateur de l’Office public d’HBM de la Seine en 1915, il impulsera la construction d’une quinzaine de cités-jardins dans ce département. Maire de Suresnes de 1919 à 1941, il y crée notamment la cité-jardin de Suresnes, le lycée Paul-Langevin (1927), le centre médical Raymond-Burgos et la crèche Darracq (1931), le collège Émile-Zola (1932) ou encore l’Ecole de plein air (1935).

Président du Conseil général de la Seine en 1927, il devient ministre de la Santé publique dans la gouvernement du Front populaire de 1936 à 1937.
Suspendu de toutes ses fonctions par le gouvernement de Vichy le 20 mai 1941, arrêté par la Gestapo, il est détenu au camp de Compiègne pendant près d’un mois. Il meurt le 24 novembre 1943 à Suresnes.

Pour aller plus loin sur Henri Sellier, vous pouvez consulter le fond bibliographique et documentaire du MUS de Suresnes.